« Dis-lui au revoir » de Jeranne Yliss
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Paris le 11 août de 2026. Jeanne Yliss construit avec Dis-lui au revoir un roman qui se situe à la frontière du thriller psychologique, du récit de vie et du drame familial. Publié initialement en 2021 puis repris en 2022, le livre compte environ 300 pages selon les éditions. Julie mène une existence parfaitement ordonnée : travail, sport, famille, maîtrise de soi. Cette apparente normalité constitue précisément le premier paradoxe du roman. Elle a oublié, mais son corps, lui, n'a pas oublié. Un accident de voiture fait voler en éclats cette construction. Des souvenirs d'enfance, longtemps enfouis, remontent progressivement. Son mari Franck entreprend alors de comprendre ce qui s'est passé et de reconstituer les morceaux d'une histoire dont Julie elle-même n'a plus conscience. C'est là que Yliss trouve son meilleur ressort narratif : le suspense ne consiste pas seulement à découvrir ce qui s'est passé, mais à comprendre comment un être humain peut continuer à vivre en ayant supprimé de sa conscience une partie de son histoire. Le thème central est particulièrement puissant : la mémoire traumatique. Le roman présente l'oubli non pas simplement comme une défaillance de la mémoire, mais comme une forme de protection psychique. Julie s'est construite autour d'un vide. Son silence, ses comportements, ses obsessions et son besoin de contrôle prennent progressivement un autre sens. Ainsi, le passé n'est jamais véritablement mort. Ce que la conscience refuse de savoir, le corps peut continuer à le porter. Cette idée donne au titre une dimension particulièrement tragique : Dis-lui au revoir n'est pas seulement une formule narrative ; c'est une invitation à se séparer d'un passé qui continue pourtant à déterminer le présent. Le personnage de Franck est également essentiel. Il ne se contente pas d'être le mari compatissant d'une femme en détresse. Il devient enquêteur. Mais son enquête est très différente de celle d'un policier : il cherche à connaître la femme qu'il aime alors qu'elle-même ne se connaît plus entièrement. C'est ce qui donne au roman sa dimension profondément humaine. Aimer quelqu'un signifie-t-il connaître son passé ? Peut-on réellement connaître l'autre si une partie de son histoire lui est inaccessible ? Franck découvre que l'amour ne consiste pas toujours à protéger l'autre de la vérité. Parfois, aimer signifie accepter de l'accompagner jusqu'au cœur de ce qui fait mal. Yliss utilise les mécanismes du thriller — fragments, révélations progressives, secrets, temporalités différentes — mais son objectif n'est pas simplement de produire de l'angoisse. Le véritable sujet est la reconstruction d'une identité après le traumatisme. C'est pourquoi le livre peut être plus justement qualifié de drame psychologique que de thriller classique. La tension vient de la psychologie des personnages davantage que d'une intrigue policière. Les lecteurs soulignent d'ailleurs fréquemment son caractère très prenant et émotionnel ; Goodreads lui attribue actuellement une moyenne de 4,17/5 sur plus de 220 évaluations. Le roman pose finalement une question vertigineuse : Sommes-nous constitués par ce dont nous nous souvenons, ou également par ce que nous avons oublié ? Julie semble avoir réussi à vivre en dehors de son passé. Mais cette victoire est illusoire. Le passé refoulé continue d'organiser silencieusement son existence. On pourrait rapprocher cette conception de la réflexion freudienne sur le refoulement : ce qui est rejeté hors de la conscience ne disparaît pas ; cela revient sous d'autres formes. Mais Yliss va plus loin : elle montre que la vérité n'est pas nécessairement libératrice immédiatement. La vérité peut d'abord détruire l'équilibre fragile qu'une personne a construit pour survivre. La principale qualité de Jeanne Yliss est son efficacité narrative. Les chapitres courts et les allers-retours temporels favorisent une lecture rapide et maintiennent la tension. La propre présentation du livre insiste sur cette construction faite de fragments du présent, de l'enfance et des années qui suivent. On peut cependant formuler une réserve : l'intensité émotionnelle est parfois tellement recherchée que certaines situations peuvent paraître appuyées. Un lecteur de la Fnac estimait d'ailleurs que le livre était bien écrit mais qu'il attendait davantage de profondeur. Cette réserve est intéressante : Yliss privilégie clairement l'émotion et l'accessibilité à une analyse psychologique ou philosophique extrêmement sophistiquée. Le roman ne s'arrête pas au traumatisme individuel. Il aborde également les violences intrafamiliales, le féminicide et surtout la question de la prescription et de l'injustice vécue par les victimes lorsque la justice intervient trop tard. La postface replace explicitement cette problématique dans le contexte français. C'est ce qui donne au livre une portée qui dépasse le simple divertissement romanesque. Dis-lui au revoir est un roman sombre, éprouvant et profondément humain. Jeanne Yliss réussit surtout à transformer une histoire de mémoire traumatique en une réflexion sur l'identité, le couple, la culpabilité et la possibilité de se reconstruire. Ce n'est peut-être pas un roman d'une grande complexité stylistique ou philosophique, mais sa force réside ailleurs : dans sa capacité à faire ressentir au lecteur l'effondrement progressif d'une existence qui semblait parfaitement maîtrisée. Et derrière le suspense demeure une idée particulièrement forte : On peut enterrer son passé, mais on ne peut pas toujours empêcher le passé de continuer à vivre en nous. C'est cette contradiction — oublier pour survivre, puis devoir se souvenir pour enfin vivre — qui constitue, à mon sens, le véritable cœur de Dis-lui au revoir. Félix osé Hernández.
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